TEMPÉRAMENT DE TYPE 4 - LE PIONNIER

LE PIONNIER - INTRODUCTION

Le tempérament (le pionnier) d’une personne correspond à son caractère global, à sa personnalité, à sa manière de percevoir et d’appréhender son environnement et d’y répondre dans la relation. Ce tempérament est complété par deux ascendants, que je serais également en mesure d’identifier. Il est important de comprendre que chaque tempérament présente ses qualités et ses défauts propres. Ma pratique quotidienne m’a aidé à me centrer car je tiens à me sentir libre et c’est pour cela que je préfère l’emploi des mots : « libéré » et « non libéré ». En tant que médium, j’ai observé que les sentiments d’une personne sont les liens entre ces deux états. L’harmonisation du tempérament de la personne va permettre la transition d’un état « non libéré » à un état « libéré ». Elle apprendra ainsi à mieux se connaitre, à communiquer qui elle est, avec elle-même et son environnement.

LE PIONNIER

Un pionnier de type « QUATRE » s’emploie à éveiller autour de lui, un sens de la beauté et de l’harmonie. Extrêmement sensible et presque toujours doué sur le plan artistique, il peut exprimer ce qu’il ressent à travers la danse, la musique, la peinture, le théâtre ou la littérature. Un pionnier est sensible et attaché à vivre des émotions intenses et authentiques. Il évite la banalité. Il possède une hypersensibilité accrue qui lui accorde un certain ressenti, ce qui l’amène à percevoir des choses. Il doit donc se situer par rapport aux autres, et être capable de passer de l’empathie à la compassion. Il est doué pour la communication et de par son approche auprès des autres. Tout ce qui est empreint d’énergie de vie l’attire. Il capte l’humeur et les sentiments de son prochain ainsi que les atmosphères des lieux et des événements, avec la précision d’un séismographe. Par nature, un pionnier est d’orientation « œcuménique ». Il refuse de diviser le monde en « sacré » et « profane ». Il est plus à l’aise dans le domaine de l’inconscient, des symboles et des rêves que dans le monde concret. Les symboles l’aident à se retrouver lui-même et à s’exprimer. Il a aussi le don d’aider les autres et de développer chez eux un sens du beau, du rêve et des symboles. Un pionnier tire lui aussi son énergie de vie des autres. 

Sa question existentielle est la suivante : « Que pensez-vous de moi ? Me remarquez-vous ? Est-ce que je me fais remarquer ? ». Il s’efforce d’être esthétiquement séduisant, veut être exceptionnel, créatif et, dans certains cas, paraître ésotérique, excentrique, extravagant ou exotique. Mais le style et la « spontanéité » d’un pionnier non libéré ont quelque chose de factice. Il sortira de sa chambre en s’exclamant : « J’ai enfilé quelques fringues en vitesse ». Sauf qu’en réalité il a étudié avec soin l’effet qu’il voulait produire, cherchant à combiner ou pas, un ensemble de vêtements et de couleurs de manière à se démarquer des autres. La vie d’un pionnier est animée par une aspiration profonde, au beau, à ce que le monde et la vie forment un tout harmonieux. Dostoïevski a dit une fois : « Le monde sera un jour sauvé par la beauté ! » Un pionnier croit tout à fait en une phrase de ce type. Il a souvent ressenti dès sa petite enfance, combien le présent était insupportable et dénué de sens. Très souvent, cette prise de conscience s’est faite en lien avec l’expérience d’une perte douloureuse ; elle pouvait être réelle (mort d’un parent, divorce, déménagement et déracinement, un parent qui part et revient, un autre enfant qui naît ou est préféré, etc…) ou « seulement » vécue au plan des émotions.

Des modèles positifs lui ont parfois manqué. A la recherche de son identité, l’enfant s’est vu contraint de se tourner vers son monde intérieur. Souffrant de l’absence ou de l’insuffisance d’une source d’amour première, il a été contraint de s’en inventer une avec toute la force de son imagination. Un pionnier aspire donc à cet amour qui lui fait défaut. Il a à la fois le « mal du pays » et le « mal du lointain ». Il attend le jour où le grand amour arrivera (ou reviendra), persuadé que ce grand amour le délivrera.

Un travail intérieur amènera un pionnier à se libérer. Il acceptera de s’ouvrir aux autres en cassant sa coquille, et sera capable de découvrir ce qu’il y a de beau dans son quotidien. Il le partagera avec les autres. Alors, il communiquera son amour et souhaitera construire un monde uni.

La colère que lui inspire la perte dont il souffre, peut parfois être si profondément enfouie qu’elle n’est pas autorisée à se manifester et un pionnier non libéré la dirige contre lui-même. Il pense, pour une raison ou pour une autre, être lui-même la cause du rejet ou du manque qu’il a vécu et se considère comme méchant. Beaucoup se décrivent comme gouvernés par un sentiment de honte cachée. Un pionnier prisonnier de lui-même manifestera régulièrement sa méchanceté et créera continuellement des situations où il sera rejeté ou abandonné. Le scandale l’attire tout particulièrement. Ce qui est obscur et interdit exerce sur lui un pouvoir d’attraction particulier. Un pionnier peut estimer que les normes de la société ne le concerne pas. En raison de sa grande souffrance, il se sent souvent étranger ou marginal chez lui. En tant que tel, il se donne le droit de se fixer ses propres règles. Un pionnier peut avoir une conscience élitiste. Il essayera de correspondre à des critères particuliers et éprouvera toujours un sentiment de manque lorsqu’il n’y parviendra pas. Un pionnier est facile à reconnaître car il a tendance à s’habiller de façon peu conventionnelle. Presque tous expriment leur tendance à la mélancolie par une prédilection pour le noir et le violet. D’autres, auront tendance à choisir des couleurs bigarrées et des vêtements extravagants. Beaucoup sont végétariens, protecteurs des animaux, féministes et adeptes de doctrines excentriques en matière de santé.

pionnier colère

Le pionnier ne recherche pas la possession. Il préfère l’aspiration à l’avoir. Dès qu’il possède l’objet de ses désirs, il est généralement déçu. Aussi peut-il devenir un partenaire sexuel très compliqué. En amour, en présence de la personne aimée avec laquelle il partage sa vie, un pionnier non libéré aura tendance à ne voir que les défauts, et lorsque celle-ci se retrouvera loin de lui, il ne verra que ses qualités. Ceci traduit bien le dilemme dans lequel se trouve pris le pionnier non libéré. Il ne peut pas vivre dans le présent, toujours entaché de manques. Mais si son aspiration se réalise, il y trouvera nécessairement à redire. Il vénère les célébrités qui font autorité, les écrivains, les musiciens, les gourous, les aumôniers, qui ont de la profondeur ou quelque chose d’exceptionnel. Seule cette « autorité intérieure » compte pour lui. Une autorité formelle qui n’est pas étayée par une personnalité de qualité ne fera pas impression sur lui. Son flair pour ce qui est authentique est infaillible. Tous les caractères de ce type ont spontanément un coup d’œil sûr pour ce qui est beau. C’est pourquoi beaucoup d’entre eux deviennent artistes, musiciens, poètes, dramaturges. Dans l’église, ils plaident pour plus de créativité dans la messe et en sont les inspirateurs. Ils ont le sens de la liturgie, du rituel, de l’aménagement de l’espace.

Leur sens du style nous fait tous pâlir d’envie. La plupart ont un goût recherché. Ils n’achètent pas leurs tableaux au supermarché et préfèrent choisir leurs vêtements aux puces ou dans une boutique de prêt-à-porter plutôt que dans les grandes surfaces. Plutôt mourir que de s’habiller comme tout le monde ! Mais comme nous tous, ils ont eux aussi tendance à exagérer leur penchant naturel. Ils font sentir aux autres avec une certaine arrogance, la supériorité qui est la leur dans le domaine de l’esthétique. Il déteste tout ce qui est obsolète, vieillot, prosaïque, médiocre, dépourvu de style et normal. En même temps, il considère les consommateurs normaux avec une certaine envie, eux, qui ne savent pas briller avec autant de classe et de style. Il a tendance à idéaliser les masses misérables. Il peut écrire des romans entiers sur la noblesse et la dignité du pauvre (Victor Hugo) en se plaçant d’un point de vue esthétique, mais il ne pourrait pas supporter de vivre réellement dans la saleté et la misère. Son programme existentiel s’apparente à la quête éternelle du Saint Graal. Le Graal confère à celui qui le possède un bonheur à la fois terrestre et céleste, mais seul le « pur » qui est prédestiné peut le trouver. Il est tenté de rechercher l’authenticité à tout prix.

pionnier mode
pionnier artiste

Les enfants, la nature et tout ce qui rayonne un naturel authentique, éveille en lui la nostalgie de cette simplicité et de ce naturel qu’il a perdu un jour. Plus un pionnier non libéré s’efforce d’être authentique, plus il paraît affecté et maniéré. Le mécanisme de défense propre au pionnier est la sublimation par l’art. Il n’exprime pas ses sentiments directement, mais indirectement à travers des symboles, des rituels ou une expression dramatique. Il espère ainsi atténuer la douleur de son chagrin profond et la peur d’un rejet. Le pionnier non libéré est persuadé que celui qui le verrait tel qu’il est, n’en supporterait pas la vue. De ce fait, beaucoup se sentent plus à l’aise dans leur art qu’avec leurs semblables. C’est pourquoi, ils doivent apprendre à aimer vraiment. Leur enthousiasme pour autrui peut osciller entre des hauts et des bas. Le risque est que les autres ne soient utilisés que pour déclencher affectivement certains souvenirs, aspirations et rêves. En général, il structurera toute sa vie comme une œuvre d’art. Son habillement, l’intérieur de sa maison, ses loisirs, son cercle d’amis et ses habitudes semblent se déterminer au hasard, mais s’articulent en réalité selon une mise en scène très étudiée. Le point de vue esthétique, qui pour des tiers est parfois difficile à concevoir, joue sur ce plan un rôle essentiel.

L’attitude classique qui caractérise cette façon d’être est celle que l’on qualifie de bohème ou que l’on attribue aux artistes : une musique mélancolique, des fleurs à moitié fanées, par exemple des roses ou du lilas mauve, des bâtons d’encens, des bougies ruisselantes de cire et un journal intime sur la table de chevet. Beaucoup de pionnier affectionnent les longues conversations nocturnes autour d’une tasse de thé ou d’un verre de vin rouge.

Le défaut du pionnier non libéré est l’envie. Il perçoit immédiatement si quelqu’un a plus de style, plus de classe, plus de goût, plus de talent, plus d’idées hors du commun, plus de génie que lui. Il voit qui est plus simple, plus naturel, plus normal, plus « sain » que lui. Il n’existe rien dont un pionnier ne puisse être envieux. Helen Palmer citait un pionnier : « Comment se fait-il que les autres semblent toujours capables de se tenir la main et de sourire ? Qu’ont-ils en commun que je n’ai pas ? Tu te mets en quête du Saint Graal. Tu veux trouver ce qui te manque. Tu t’efforces d’obtenir ce qui rend tes amis heureux et qui t’échappe. » L’envie peut aussi se traduire par de la jalousie, dès que des relations humaines sont en jeu. Le pionnier vit souvent dans la crainte qu’un autre puisse être un partenaire plus séduisant, plus original et plus intéressant que lui. Quelle que soit l’assurance qu’il semble afficher, en lui un enfant lutte contre des sentiments d’infériorité : « Je ne mérite pas d’être aimé. Il faut que j’attire l’attention pour qu’on ne m’ignore pas ni ne m’abandonne une nouvelle fois. » C’est pourquoi beaucoup de pionnier vivent le domaine relationnel comme une arène de compétition.

Un pionnier de type « QUATRE » se doit de travailler à trouver cette paix intérieure et cette sérénité qui lui permettront de se révéler (à lui-même et au monde qui l’entoure) dans une éclatante authenticité.

Le pionnier évite la trivialité, tout ce qui est commun, conventionnel, normal. L’obligation d’être comme les autres peut déclencher en eux une peur panique. C’est pourquoi il refuse souvent de se changer avec encore plus de véhémence que les autres types. Le pionnier dit : « Mais il me plaît d’être différent. Je ne veux pas être conformiste comme les autres ! »
Par son comportement insolite, il s’est acquis un rôle social, des amis, une originalité et l’admiration d’un grand nombre de personnes. Un pionnier non libéré ne peut pas renoncer à ce jeu, sauf si un jour il en goute la saveur amère. Il s’aperçoit alors que tout cela l’empêche d’aimer véritablement et qu’il était enfermé dans son égocentrisme. Mais cela dure en général très longtemps avant qu’il soit prêt à renoncer à l’image qu’il s’est donnée. Dans ce sens, il peut être très obstiné. Autant il est capable d’ironiser sur ses bizarreries, sur ses manières élitistes et sur son snobisme, autant le pas vers une véritable autocritique lui est beaucoup plus difficile. Il a du mal avec les obligations vestimentaires (uniformes, tenues obligatoires d’écoliers, etc…). C’est plus fort que lui et il y apportera quelque chose d’extravagant pour sortir de la banalité. Il ne peut pas faire autrement que de se faire remarquer… Comme s’il ne savait plus qui il était, s’il ne se démarquait pas des autres. De toute façon, il faut qu’il soit différent.

pionnier extravagant
pionnier agressivité

Le piège du pionnier est sa mélancolie, une « tristesse douce et rêveuse » qui recouvre tel un brouillard tout le paysage de la vie. Un pionnier doit passer par moments, par des états dépressifs et par la souffrance pour être heureux. Victor Hugo disait : « La mélancolie est le bonheur d’être triste ». Plus profondes sont ses souffrances et sa dépression, plus il peut devenir créatif. Il ressent souvent une affinité avec la mort, peut-être parce qu’elle est la dernière plainte et la nostalgie ultime ou peut-être parce que seule la mort peut immortaliser la beauté. Le pionnier dirige généralement son agression contre lui-même. Il arrive souvent qu’il éprouve du dégoût envers lui-même et son corps. Bien qu’il soit souvent très mince et séduisant, il a tendance à se trouver trop gros et trop laid, essayant sans cesse de nouvelles cures diététiques. La tendance à l’anorexie est fréquente chez les femmes pionnier. Il a besoin d’amis et de partenaires qui le supportent sans se laisser entraîner dans ses sautes d’humeur. La vie de couple avec un pionnier non libéré est épuisante et exige un grand effort de tolérance. Comme il est toujours indisposé par la somme d’imperfections qu’il constate dans le présent, et donc aussi chez son partenaire, celui-ci est probablement soumis en permanence à sa critique corrosive.

Tant qu’il est là, à portée de main, il ne semble pas séduisant. Au point que le pionnier en devienne impuissant où refuse les relations sexuelles. Le partenaire d’un pionnier non libéré est exposé à une relation où s’alternent la séduction et le rejet. S’il se dérobe, tous les moyens sont aussitôt mis en œuvre pour l’attirer à nouveau. Dans des cas extrêmes, cela peut conduire à des situations dramatiques, allant jusqu’à des menaces de suicide. A peine le partenaire se rend-il disponible, que ses défauts et ses manques sautent de nouveau aux yeux. Comme le dit un célèbre proverbe : « fuis moi je te suis, suis moi je te fuis ». Pour un pionnier, le bonheur tranquille que tant d’autres semblent vivre est à la fois attrayant et repoussant. Et si c’était la fin de cette douce langueur dont il a besoin pour se sentir une identité ! La richesse intérieure que lui apporte la mélancolie semble plus attrayante que ce que d’autres nomment si superficiellement le « bonheur ». Un pionnier peut osciller entre des phases d’hyperactivité et d’autres où il reste dans sa coquille, comme paralysé. Cette structure de base de type maniacodépressive peut globalement se transformer chez certains pionniers introvertis en une structure dépressive. En revanche, un pionnier extraverti qui recherche du succès fait souvent preuve d’hyperactivité.

Ces deux comportements du pionnier ne se ressemblent pas beaucoup à première vue. L’état dépressif d’un pionnier non libéré est autre chose qu’une tristesse normale qu’éprouvent tous les êtres humains. Il provient du sentiment de l’unicité et de la grandeur de sa propre souffrance et du refus de se faire aider. Derrière le prétexte que personne ne le comprend, se cache le refus du deuil. Or, c’est justement ainsi que le pionnier se raccroche désespérément à ce qui a été perdu. Un pionnier prend ses sentiments très au sérieux et est profondément offensé lorsque quelqu’un le blesse. Une critique contre son travail peut le toucher au plus profond de lui et le pousser au repli. Mais il a aussi tendance à se dénigrer. Par exemple, si un pionnier est un peintre, il se sentira seul habilité à critiquer ses tableaux. Le théâtre et le cinéma sont ces domaines préférés, parce qu’il considère que toute la vie n’est qu’une grande scène de spectacle. Le don ou fruit spirituel d’un pionnier libéré est l’équanimité. A vingt-cinq ans, tous les pionniers ont déjà éprouvé tout l’éventail des émotions humaines, de l’agonie à l’extase. Ils connaissent toutes les nuances de sentiments et comprennent mieux que quiconque l’âme humaine et ses abîmes. Lorsqu’ils parviennent à se discipliner au point d’équilibrer tous leurs sentiments, ils peuvent devenir des personnalités remarquables. 

pionnier dépressif

La discipline est ce qui fait la différence entre un « génie méconnu », de second rang, et un véritable artiste. Un pionnier qui a de l’envergure, concentre et discipline ses émotions. Il peut alors prendre du recul par rapport à elles et de cette façon il les purifie. L’équanimité est une vie émotive équilibrée, profonde et nuancée. Un pionnier qui a purifié ses émotions peut aborder la réalité avec une profonde sensibilité, et ne pas seulement vivre dans des drames imaginaires. Il n’a plus besoin de vivre ses sentiments jusqu’à saturation. Il n’a plus besoin d’être constamment dans ses états d’âmes et de les imposer à tout son entourage. Un pionnier libéré est capable d’une profondeur de sentiment à laquelle la plupart d’entre nous n’ont pas accès. Lorsqu’il parvient à cette émotivité vraie et fertile, lorsqu’il devient capable d’exprimer d’une manière concentrée son sens du beau et de la vraie souffrance, alors il réalise de véritables chefs d’œuvres qui ne servent plus à se faire valoir mais à exprimer une réalité universelle. Un pionnier libéré comprendra et accompagnera mieux que quiconque une personne en détresse. Les sentiments difficiles, compliqués ou obscurs d’un autre ne lui font pas peur, puisqu’il les a déjà tous vécus lui-même. Le pionnier libéré est par excellence : synthèse, médiation et équilibre.

Un pionnier libéré est dans son harmonie vibratoire optimale, et vit l’instant présent dans le contentement et l’épanouissement, ce qui développe en lui sa persévérance.

On peut reconnaître un pionnier à sa façon de parler sous forme de plaintes nostalgiques ou de lamentations. Aussi, les yeux de la plupart d’entre eux, reflètent une tristesse indéfinissable dont ils ne sont pas toujours conscients. Même lorsqu’ils sourient, c’est souvent un sourire entre les larmes. Un pionnier libéré et purifié est en mesure de transformer le négatif de sa vie et les expériences de perte en quelque chose de beau et d’universel, tout comme une huître transforme la saleté en perles. Le pionnier est souvent francophile, et la France son pays symbole. Depuis toujours, la France refuse d’être un pays comme les autres. Les Français sont toujours particuliers. La mentalité française exerce sur les non français un effet raffiné, cultivé et quelque peu élitaire. Les Français ont développé une Haute Cuisine et une Haute Couture. Tout doit être « haut » et sortir de l’ordinaire. Un pionnier qui veut se libérer cherchera à retrouver son authenticité première. Il trouvera son naturel sur le chemin de l’union avec sa source divine. Sa volonté d’authenticité, son amour pour les enfants et la nature sont les premiers indices de cet objectif existentiel. Lorsqu’il parvient à admettre qu’il vit « en Dieu » et Dieu « en lui », son âme accède au repos et à la sérénité auxquels il aspire depuis si longtemps. 

pionnier sérénité

Les tâches existentielles du pionnier consistent à développer un réalisme sain et à orienter son aspiration sur des objectifs réalisables. Il doit travailler à ce que son attention reste centrée sur le présent et ne dévie pas vers le passé ou le futur. Il doit trouver son énergie, sans osciller d’un extrême à l’autre, sans être tantôt jubilant d’allégresse et tantôt au plus profond du désarroi. Il n’y a pas que l’euphorie et la dépression. Un pionnier non libéré aime plus le rituel que la réalité. Il idéalise le souvenir qui est plus beau que l’événement lui-même. C’est pourquoi il est nécessaire qu’il se confronte à la réalité. S’incarner est une nécessité, c’est-à-dire accepter la réalité, même laide et sale. C’est sur ce terrain qu’il trouvera le chemin vers lui-même. C’est pourquoi un engagement social, pour la paix et la justice, est bénéfique pour lui. Car cela l’oblige à s’occuper des réalités de ce monde qu’il n’est pas possible de poétiser ou d’esthétiser. Pour se libérer, il est nécessaire qu’il se confronte à la réalité des pertes qu’il a subies dans sa vie, qu’il accepte en lui sa colère contre la personne concernée et qu’il cesse de l’encenser après coup. Son incapacité à faire le deuil est un obstacle à sa véritable libération. Un pionnier qui veut opérer le revirement nécessaire en lui, ne peut éviter de passer son snobisme et son sentiment élitiste au crible de son esprit critique.

Au lieu de se comparer à d’autres, il ferait bien de reconnaître avec gratitude la présence de trésors intérieurs et de les partager avec autrui. Pour s’entraîner à tout cela, le pionnier a besoin autour de lui, d’un réseau de personnes qui ne se laissent pas manipuler par lui, mais qui restent « objectives » et qui exigent des messages « vrais ». Sans le pionnier, le monde perdrait l’essentiel de son art et de sa poésie. Lorsqu’il apprend à mettre ses dons au service des autres, il contribue grandement à ce que le monde soit délivré par la Beauté.

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